Ce que la recherche a mesuré, et sur qui
L'étude la plus citée date de 2008 : trente-six chevaux de deux ans, jamais stéréotypés, mis au box pour la première fois pendant douze semaines. La moitié seule, la moitié à deux par box. Résultat : 67 % des chevaux logés seuls ont développé une stéréotypie (tic à l'appui, tic de l'ours, arpentage), contre aucun chez ceux logés à deux.
Les chevaux seuls hennissaient plus, grattaient plus, passaient plus de temps debout en vigilance et mangeaient moins.
Ce que cette étude ne dit pas. Ce sont de jeunes chevaux arrachés à un troupeau et enfermés au box. Ce n'est pas la situation d'un cheval adulte au pré avec un voisin de l'autre côté de la clôture. Le chiffre décrit une bascule brutale, pas toute forme de solitude, et on ne lui fera pas dire plus que ça.
Voir ne suffit pas, toucher change beaucoup
C'est la correction la plus utile de ce guide. On répète souvent qu'il suffit qu'un cheval en voie un autre. La recherche est plus nuancée : le contact visuel réduit le risque de comportements anormaux, mais c'est quand le contact visuel ET tactile est possible que le tic de l'ours diminue réellement. Se voir aide ; se toucher et se gratter mutuellement aide davantage.
Concrètement, si votre pré jouxte celui d'un voisin, une clôture qui permet le contact par-dessus vaut mieux qu'une double clôture d'un mètre, à condition que les deux chevaux s'entendent. C'est un arbitrage entre bénéfice social et risque de morsure, et il se juge cheval par cheval.
Un compagnon d'une autre espèce
Âne, poney, chèvre : c'est courant et ça lève souvent la détresse de solitude, même si ça ne remplace pas un congénère pour le jeu et le toilettage mutuel.
Attention toutefois : un âne et un cheval n'ont pas les mêmes besoins alimentaires. Un âne nourri comme un cheval grossit vite et développe des problèmes de pieds. Si vous prenez un âne, renseignez-vous sur son alimentation à lui.
L'ennui, et ce qu'il produit
Un cheval seul et désœuvré développe des comportements qu'on met des mois à défaire, et l'isolement prolongé augmente aussi l'agressivité, envers les chevaux comme envers les humains : c'est une soupape à la frustration.
Ce qui aide le plus, dans l'ordre où les gens le constatent : du foin disponible longtemps, un espace assez grand pour se déplacer, des sorties et du travail réguliers, et de la variété plutôt qu'une routine parfaite.
Ces trois besoins reviennent partout dans la littérature sous une formule facile à retenir : des amis, du fourrage, de la liberté.
Ce qui doit vous faire appeler quelqu'un
Une perte d'état sans changement d'alimentation, un comportement qui apparaît brutalement, une agressivité nouvelle, un cheval qui cesse de s'intéresser à ce qui l'entoure.
Dans ce cas c'est le vétérinaire d'abord, parce qu'une douleur se manifeste souvent par un changement de comportement. Le comportementaliste vient après, quand la douleur a été écartée.
Ce qu'on ne vous promettra pas
Que tous les chevaux s'y font. Certains s'installent très bien dans une vie solitaire aménagée, d'autres ne s'en remettent pas et il faut alors accepter de les déplacer.
Que c'est équivalent. Ça ne l'est pas, et prétendre le contraire ne rend service à personne. Le but ici est de rendre vivable une situation contrainte, pas de la faire passer pour idéale.